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  LA REPRESSION ALLEMANDE

La rafle de Nantua (01130)

... ou le temps venu de la rpression aveugle

Plus s'approche le terme de cette anne 1943, et mieux se structurent les "poches" de Rsistance.
Elle prend corps, la Rsistance, et peu peu le maquis devient une force. Aux actions sporadiques mais dures, aux coups de main divers qui vont se multipliant en ce dbut d'hiver, vont s'opposer avec violence et sauvagerie les forces d'occupation. A la gurilla et aux oprations de harclement, succde le temps des reprsailles sanglantes, celui des excutions sommaires.
La rafle de Nantua du 14 dcembre restera dans notre Histoire l'une de ces grandes tragdies, pisode meurtrier d'une rpression aveugle qui entend d'abord frapper les populations civiles, les terroriser par des "avertissements" monstrueux. L'occupant espre ainsi obtenir le rejet unanime d'une action rsistante... ce qui ne sera pas le cas.
II n'y eut pourtant, Nantua, aucune mesure entre l'acte isol de trois jeunes gens rvolts promenant demi-nus, - le corps peint au goudron de croix gammes -, deux collaborateurs notoires (une "correction" accueillie avec faveur par la population, dnoncera le prfet) et la dportation massive de quelque cent cinquante hommes de 18 40 ans qui s'en suivra. Des hommes et des adolescents dont un grand nombre ne reviendront jamais des camps de la mort. Bilan terrible auquel il faut ajouter l'excution sommaire du maire dmissionnaire d'Oyonnax et d'un adjoint, celle d'un industriel de la ville et, dans la cte de Maillat, celle du Dr Emile MERCIER, chef de la Rsistance de Nantua.

On a retrouv dans les archives administratives le mot--mot du rapport tabli par le prfet de l'poque. Si certains commentaires sont suspects et tmoignent d'une grande servilit l'gard de Vichy, ce rapport en revanche est d'une prcision implacable sur l'ampleur de l'vnement
"Vers 7 h 50, crit le prfet, 500 militaires allemands environ appartenant vraisemblablement des formations de police et de S.S. ont dbarqu en gare de Nantua o elles avaient t amenes par train spcial. Une partie de ces forces a t conduite aussitt vers Oyonnax, tandis que le plus grand nombre restait Nantua, occupait le bureau de poste, cernait l'ensemble de la ville, ou barrait toutes les issues, et commenait des visites domiciliaires".

On imagine ce que fut cette aube glaciale dans la ville - sous prfecture... Tandis que le maire, le Dr MERCIER, mdecin du maquis et le capitaine de gendarmerie VERCHERE (qui sera lui aussi dport) taient apprhends et conduits la gare de Nantua, gards dans un local spcial, la grande rafle s'organisait. Tous les hommes valides trouvs dans les rues ou les immeubles furent embarqus sous escorte jusqu' la gare o fonctionnait une sorte de centre de triage : l on dcidait du sort des habitants en fonction de leur ge, mais aussi de leur "aptitude travailler".
C'est ainsi que, trs vite, 150 Nantuatiens furent gards sans raison comme otages, et embarqus dans un train spcial qui quitta la gare vers 13 heures en direction de Bourg pour tre de l, achemins la nuit suivante sur Compigne, l'exception de quelques uns qui purent sauter du train. Les autres partirent pour les camps de concentration nazis. Ils furent 116, sur lesquels 95 ne revinrent jamais.

Paralllement, mentionne un rapport de gendarmerie, "le collge de Nantua a t ferm provisoirement sur ordre de Mr l'inspecteur d'Acadmie". Terrible dcision, apparemment banale, dont les circonstances et les consquences ont t fort bien relates par les potaches, dont Marc MAGNARD. Car enfants et adolescents furent aussi les victimes innocentes de cette journe de folie hystrique du 14 dcembre 1943. Direction, personnels de l'tablissement, enseignants, mais aussi lves, - 21 au total -, rejoignirent les adultes pour tre embarqus dans le convoi sinistre qui les conduisit dans les camps d'extermination.

Nantua et sa rgion, on s'en doute, sont plusieurs jours sous le choc. Ne demeurent dans la ville que quelques hommes valides qui ont pu chapper aux mailles du filet, ou bien qui eurent la chance d'tre absents ce jour-l, ou retenus par leur travail hors de la cit.
L'avis placard par la Kommandantur confirme bien aux habitants que "150 hommes de Nantua entre 18 et 40 ans seront mens pour la dure de la guerre dans un camp de travail en Allemagne".
Quant au prfet de l'Ain, il constate "qu' la suite de mesures extrmement graves, la population de Nantua et d'Oyonnax semble compltement consterne. Il ne semble pas que des ractions de sa part soient redouter...".

Mais, sans doute inquiet et redoutant un sursaut de rvolte l'occasion des obsques des quatre patriotes fusills (dont le Dr MERCIER), ce fonctionnaire zl respectueux de l'ordre vichyste ajoute aussitt : "Je me dois de souligner qu'il existe dans l'arrondissement de Nantua, en gnral, des lments subversifs et notamment des bandes de rfractaires qui sont susceptibles de provoquer des incidents. J'ai donc demand des renforts de police pour assurer le maintien de l'ordre au moment des funrailles des victimes et au cours des jours qui suivront".

Les occupants hitlriens et leurs serviteurs franais vont vite s'apercevoir qu'il faudra compter de plus en plus avec ces "lments subversifs" et autres "bandes de rfractaires". L'an 1944 est tout proche...


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