Maquis de l'Ain et du Haut-Jura

Henri GIROUSSE


(1913-1998) dit Chabot


(1913-1998) dit Chabot
(1913-1998) dit Chabot

Né le 17 janvier 1913 à Volx (Basses Alpes), après les études primaires et secondaires, il intègre l'École de Saint-Cyr avec la promotion Maréchal Lyautey (1935-37). Il a pour condisciples Tom Morel, Darthenay, de Lassus. Un de leurs instructeurs est le commandant Duhail-Valin. Incroyable réunion de futurs Résistants et martyrs appelés à servir sous les ordres d'un chef nommé Romans-Petit

Pour chabot une seule voie : la Résistance
En août 1943, il arrive au camp de Morez commandé par Marcault au moment de la préparation du coup de main retentissant sur le groupe des chantiers de jeunesse à Artemare. Il participe le 10 septembre à cette opération qui équipera en vêtements les maquisards qui auront belle allure lors du fameux défilé du 11 novembre 1943 à Oyonnax.
Il parcourt le relief du Valmorey et du Bugey apportant son aide aux maquisards qui manquent d'encadrement. Le voilà, bien venu pour les jeunes recrues.
Sa formation militaire exempte de théorie sur la guérilla et la maîtrise d'hommes volontaires vivant en pleine nature ne l'empêche pas d'obtenir la confiance de ceux-ci, car il possède les qualités d'humanisme qui lui permettront de devenir un chef incontesté et aimé.
Le capitaine Romans qui encadre depuis le début 1943 les réfractaires devenus maquisards lui confie l'organisation et le commandement de ce qui deviendra le Groupement Sud. Ce groupement comprend les camps implantés sur les plateaux de Retord/Hotonnes, et Corlier/Hauteville, ce dernier camp étant commandé par Verduraz.
Un impératif pour lui : faire vivre les maquis
Le 28 septembre, pour nourrir les maquisards dont les rangs grossissent et pour passer l'hiver, il réussit le coup de force sur le dépôt de vivres de l'Intendance militaire rue de Crouy à Bourg.

Pour le 11 novembre 1943 il est chargé de composer le convoi de véhicules, camions et voitures légères qui conduiront deux sections du camp de Morez et une de Corlier pour défiler à Oyonnax.

Devenu l'adjoint du capitaine Romans qui ajoute à son action dans l'Ain, l'organisation de la Résistance en Haute-Savoie, Chabot a ainsi l'occasion de montrer ses qualités et de faire face à de nombreuses responsabilités qu'il saura toujours assumer.

Fin novembre, il installe le poste de commandement départemental maquis armée secrète à la Ferme du Fort sur Brénod.
Un véritable État-Major clandestin s'installe dans cette ferme, centralisant les renseignements et les opérations militaires, assurant la réception des agents de liaisons et des résistants du N.A.P., entre autres. (Noyautage des Administrations Publiques). La Mission Interalliée Xavier Heslop s'installe aux côtés de Chabot et de Maxime.

En ce début du mois de janvier où règne une importante activité maquisarde, c'est l'arrivée de Owen Denis JOHNSON officier américain, radio de Xavier (Capitaine Paul dans les maquis de l'Ain) qui opérait depuis novembre en Haute-Savoie.

Le 6 janvier Patterson officier britannique du S.O.E. est parachuté à Izernore venant de Londres. Il sera hébergé au fort durant une quinzaine de jours qui lui permettront de visiter plusieurs camps du maquis. Il rejoindra la Suisse où sa mission le conduit et signalera dans ses messages à Londres que les maquis de l'Ain doivent être aidés.


Le 3 février, repli sur la Ferme du Molard toujours sur Brénod où Chabot en l'absence de Romans, toujours en Haute-Savoie réinstalle le poste de commandement et la mission interalliée. Maxime conduira les hommes à Machurieux.

Dans la nuit du 7 au 8 février 1944 le groupe se réfugie sous la grange de la ferme de Machurieux, située au centre du dispositif ennemi.
Chabot, de retour du parachutage manqué, parvient à rejoindre vers 4 heures du matin le groupe dont il reprend le commandement et qu'il dirige vers la Granges-Faysse (Fez) et la Ferme de la Montagne.
Xavier qui accompagnait Chabot se blesse à une cheville et ne pourra rejoindre Machurieux.
Johnson a écrit :
«Essayer d'aller aussi vite que le capitaine Chabot nous menant impitoyablement à un train d'enfer n'est pas drôle du tout. Le pas chasseur alpin est plus proche du petit galop que du trot. Dans l'air glacial l'effort brûle nos poumons, saisit et tétanise les muscles de nos jambes. Quand Chabot s'arrête c'est pour laisser les traînards combler leur retard : Labonne avec sa vieille blessure à la cuisse, Tintin avec sa bonne quarantaine, moi avec mes ampoules en feu. Dès que nous la rattrapons, espérant un petit repos, il repart à nouveau».
La Ferme de la Montagne est atteinte le 8 février vers midi. Cette ferme située à l'Abergement de Varey est destinée à recevoir quelques enfants de troupe qui devaient être encadrés par Augé Gambier. C'est également un stock de vivres et vêtements pour l'équipement des maquisards qu'avait choisi Chabot pour faire étape avant de rejoindre la Dombes.

Au cours de cette étape, une importante formation allemande conduite par la Gestapo et la Milice attaque la ferme vers 15 heures. Au cours d'un combat inégal, le groupe perd dix hommes soit la moitié de son effectif. Le fermier est tué et la ferme détruite.

Pendant cette période l'effectif en hommes encadrés du Groupement Sud des Maquis de l'Ain est estimé à 280 hommes (deux-cent-quatre-vingts).
L'attaque allemande déclenchée début février par 2500 hommes de l'armée allemande guidée par la milice française sur le plateau d'Hauteville sera acharnée.

Le Maquis dès cette époque devenait militairement opérationnel, il fallait que l'occupant nazi détruise une armée clandestine bien organisée et disciplinée.


Après d'innombrables difficultés Romans quitte la Haute-Savoie.
Le capitaine veut rapidement retrouver «ses petits» qui viennent de subir de rudes épreuves.

Une période de restauration commence.
Romans, Montréal et Chabot s'y attachent avec une déterminante volonté.

Il faut reconstituer ce qui a été détruit et maintenir les contacts avec l'Armée secrète présente dans tout le département.
En cette année 1944 qui a débuté dans la souffrance, la guerre de l'Armée de l'ombre met à mal l'occupant allemand.

Au moment de l'attaque de juillet 1944, les liaisons téléphoniques fonctionnent entre les différents postes de commandement. Le 11 en fin de journée, Chabot passe au travers du dispositif ennemi (comme en février à Machurieux) pour assister à la réunion des chefs du Groupement à Izernore où la décision est prise de rompre le combat. Il revient avant le lever du jour avec l'ordre de repli de toutes les unités du Groupement Sud sur le plateau de la Chartreuse de Portes. Le mouvement s'effectue sans difficulté dans la nuit du 12 au 13, car l'axe Ambérieu-Tenay n'était pas inclus dans la zone d'opération allemande. Seul Verduraz a choisi de rester avec ses hommes sur le plateau d'Hauteville qu'il connait comme sa poche.

Le 13 juillet au matin une zone de défense avec 800 hommes est reconstituée autour de la Chartreuse de Portes. Dans la nuit du 14 au 15 juillet neuf forteresses volantes viennent y parachuter les premières mitrailleuses Browning. Pendant toute la journée, toutes les heures, la B.B:C. avait diffusé en clair le message
suivant : «Pour Chabot, neuf lance-patates viendront vous voir ce soir».
Dès le 16 juillet le combat reprend en poursuivant les sabotages de voies ferrées et les embuscades sur les voies de communication des troupes allemandes engagées dans l'Ain.

Méximieux : son ultime engagement de Résistant
Du 31 août au 2 septembre la moitié des unités de Chabot sont engagées dans les durs combats de Méximieux aux côtés de l'Armée américaine. Des éléments de son Groupement participeront également à la libération de Bourg.

C'est la libération du département à laquelle Chabot a apporté la contribution que sa conscience et son. devoir d'officier français exigeaient. Il n'est pas resté insensible à la défaite française de 1940, il n'a pu subir l'occupation de son pays par l'ennemi nazi, considéré comme criminel. Sa réaction ne pouvait être que la résistance avec l'Armée de l'ombre sur le territoire national. Cette résistance il l'a servie avec grandeur, fidélité et par l'exemple qu'il a donné aux indifférents.

A été président de l'Amicale des Anciens des Maquis de l'Ain pendant 27 ans.


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